INTERVIEW ○ Marion Fayolle

Nos esprits mal tournés ne sont jamais si bien tombés. Soixante-quatre métaphores couchées sur papier par le duo de l’illustratrice Marion Fayolle et de son éditeur Julien Magnani. Leur recueil Les Coquins dévoile une multitude de saynètes erotico-ludiques permettant au voyeur qui sommeille en nous de plonger dans une imagerie coquine toujours cocasse mais jamais frontale. Tandis que les uns lèchent des glaces parfum sein, d’autres transforment leur vagin en terminus du train.
 

Qui es-tu Marion Fayolle ? 
Je suis illustratrice et auteure de 5 livres illustrés qui s’adressent autant aux enfants qu’aux adultes. Je travaille régulièrement pour la presse (New York Times, Télérama, Libération, XXI ) et pour la mode (Cotélac). J’ai étudié l’illustration aux Arts Deco de Strasbourg. Pendant mes cinq années d’étude , je me suis associée avec deux amis, Simon Roussin et Matthias Malingrey pour fonder Nyctalope Magazine, une revue de bandes dessinées et d’images narratives. A peine diplômée, j’ai fait la connaissance de Julien Magnani et je l’ai suivi dans la création de sa maison d’édition.

D’où est venue l’idée de ce livre Les Coquins ?
Les premiers dessins de la série Les Coquins ont été réalisés pour la revue Nyctalope. Chaque année, grâce à cette revue, je peux tester de nouvelles choses, concrétiser des projets trop restés trop longtemps en latence. J’avais déjà fait quelques images érotiques-surréalistes avant et c’était l’occasion de déployer cette série sur plusieurs pages. Ensuite, on a pensé à en faire un livre avec Julien Magnani.

Qu’est-ce qui vient en premier : l’histoire ou les formes ?
Les dessins se sont construits par association de formes, d’idées. Régulièrement, je listais les choses (objets, animaux, sport…) qui pouvaient rappeler la forme d’un sexe, celle d’une poitrine ou d’une paire de fesses. Je me disais par exemple qu’un homme pouvait avoir une fusée entre les jambes et j’avais noté avant la ressemblance entre une lune et des fesses. Comme les deux métaphores pouvaient se lier l’une à l’autre, je les ai intégrées à la même illustration, celle d’un voyage sur la lune.

Qu’apporte la narration sans mot ?
Le fait de ne pas utiliser de mot permet de dire les choses différemment. Les images deviennent une écriture et le propos reste plus ouvert.

Il y a t-il dans ton travail la volonté de raconter la vie aux adultes comme s’ils étaient des enfants ?
Je ne sais pas si on peut vraiment dire ça. A première vue, mon dessin peut paraître un peu enfantin, doux et innocent, mais lorsqu’on le lit, on comprend qu’il s’adresse aux adultes. Je joue beaucoup avec cette ambivalence. C’est souvent en allant chercher dans une forme de naïveté que j’arrive  à tout dire, et à le dire avec humour.

Parler de sexe au travers de métaphores permet-il une plus grande liberté ?
Bien sûr ! Ce choix me permet d’en parler élégamment et avec légèreté. La métaphore déguise le sens en quelques chose de drôle, d’étrange, de juste et permet une immense liberté.

Penses-tu que ce livre puisse devenir un manuel d’apprentissage pour les enfants ?
Il n’a pas été pensé comme ça et n’a pas vocation à « enseigner » la sexualité. Mais je suis assez surprise par les réactions des enfants. Pendant mes dédicaces, je me suis souvent retrouvée à signer le livre pour de très jeunes lecteurs. Souvent, les parents le leur enlèvent des mains. Mais eux, ne comprennent pas tout ! Ils décrivent les images, sont étonnés que les personnages soient nus. Tout ça les amuse.

Tes personnages sont souvent hybrides, multiples et protéiformes. Est-ce la manière dont tu conçois l’être humain ?
C’est une question compliquée. Disons que je m’intéresse principalement à l’humain et aux rapports que les gens entretiennent les uns avec les autres. Je pourrais avoir une représentation réaliste du corps et des liaisons, mais c’est en jouant avec mes personnages, en les mélangeant à des objets, à des animaux, en les découpant, en les rendant volatiles, géants, effaçables que je réussis au mieux à saisir ce dont j’aime parler. Le dessin est un art qui permet cela et je l’utilise pour faire apparaître des sentiments ou des choses du domaine de l’indicible, de l’impalpable.

Ton travail n’est pas sans rappeler la récente bd La Technique du périnée de Florent Ruppert et Jerôme Mulot, dans laquelle ils parviennent à décrire l’amour physique sans images frontales. Qu’en penses-tu ? 
C’est vrai qu’il y a une même volonté. Celle de parler de la sexualité, et d’en parler sans la montrer vraiment. Ruppert et Mulot construisent un récit, les moments d’amours physiques sont suggérés par des métaphores. Dans mon cas, il s’agit d’un ensemble de dessins, d’une série d’images qui ont la volonté d’être humoristiques et qui montrent différents aspect de la sexualité.

Propos recueillis par Julie Thiébault