INTERVIEW ○ Aaron Glasson

Cheminant entre les cactus Saguaro et les taïpans du désert, nous sommes subitement pris d’hallucinations. Est-ce le soleil qui nous grille les synapses ou l’absence d’eau, que même les oasis n’ont pas daigné nous promettre ? Quoiqu’il en soit, pourquoi verrais-je Bill Murray en marin aveugle tenant un requin riquiqui entre ses mains… ou encore un couple de chats mayas me souhaitant la bienvenue, un tarsier suspendu à l’une de leur cuisse ? Il me revint que nous avons croisé la route d’un artiste/shaman venu de la contrée des Kiwis, du nom d’Aaron Glasson, accompagné de la céleste Celeste Byers. Celui-ci nous a demandé de fermer les yeux et de nous imaginer dans la peau d’un autre animal. Je vis mon acolyte se muer en une colossale pieuvre dont les tentacules s’enlisaient dans la poussière d’étoile jonchant le sol, tandis qu’une queue de scorpion rose bonbon m’apparut sur le derrière. Fin du trip, en trois clics le travail d’Aaron Glasson fait office de bouillon d’ayahuasca, grâce auquel nous apparaissent des images kaléidoscopiques que nous jalouseraient les casques de réalité augmentée.

 

Qui es-tu Aaron Glasson ?
Je viens de Nouvelle-Zélande bien que j’aie été nomade pendant quelques temps. Récemment j’ai vécu aux États-Unis et au Mexique, je suis un artiste indépendant et directeur artistique de profession. J’aime cette merveilleuse existence, et quand je ne suis pas occupé, j’aime partir à l’aventure, admirer le monde, et le surf.

Quatre mots pour décrire ton travail ?
Organique, fougueux, inspiré, optimiste

Comment te sens-tu lorsque tu dessines ?
Je me sens équilibré, méditatif et satisfait

Quels sont tes secrets pour trouver l’inspiration ?
Garder le coeur et l’esprit ouvert, et rester curieux. Il est également important de garder les pieds sur terre face au fait qu’il y a dans le monde bien plus que ce dont l’homme ne pourra en faire l’expérience. C’est cette nature incompréhensible que je trouve vraiment inspirante et excitante. Savoir qu’il y a de mystérieuses forces et énergies qui travaillent tout autour de nous… Chaque jour est une potentielle source d’émerveillement et d’apprentissage. Je me sens tellement inspiré par mes amis, et aussi par les gens que je rencontre via internet. L’année dernière, j’ai passé beaucoup de temps à vivre et collaborer avec Celeste Byers (ndlr. avec laquelle il a réalisé de nombreuses fresques) qui m’a inspiré et motivé plus que quiconque.

De quoi parle ton travail ?
En général je pense que mon travail concerne la vie qui se déroule autour de moi et de mon expérience. Je pense parfois que ma pratique artistique est une sorte de documentation éclectique de ma vie et une interprétation de mon entourage.

Ton travail est plutôt une introspection ou un voyage physique ?
Les deux, même s’il est le plus souvent basé sur une expérience personnelle et une expression de mon environnement. Je voyage beaucoup et je suis facilement influencé par mon entourage, mes rencontres, et les différentes cultures que je côtoie. Ce qui se retrouve de manière évidente dans mon travail.

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Les animaux sont omniprésents dans tes dessins. Que représentent-ils pour toi ?
Comme beaucoup j’ai toujours été fasciné par le royaume animal, y compris par les humains. Je les trouve tellement glorieux, et je suis constamment surpris par des choses dont je ne soupçonnais pas l’existence et que j’apprends à propos de leur comportement. Tous les animaux ont une conscience et une manière de vivre différente, ce que je trouve fascinant. Bien que ce soit quelque chose que je ne pourrai jamais pleinement comprendre, j’aime fermer les yeux et m’imaginer dans la peau d’un autre animal. C’est un bon exercice pour votre imagination. J’ai aussi longtemps été intéressé et travaillé pour l’écologie, les droits des animaux et la conservation. Durant cinq ans j’ai travaillé en tant que directeur de création pour la Conservation des Océans, pour une initiative du nom de PangeaSeed, donc mon travail incluait souvent des animaux aquatiques en voie de disparition. Je ne suis pas sûr que ça réponde à la question à propos de ce qu’ils représentent, mais ça explique leur présence. J’aimerais savoir ce qu’ils représentent pour les autres.

Ton travail semble signifier d’un profond respect envers la flore et la faune. Que penses-tu de la façon dont est aujourd’hui traitée la nature ?
Parfois ça me contrarie et parfois je pense que c’est comme ça, et j’essaie d’y trouver du positif. À mon niveau je pense que la plupart d’entre nous ont un rapport d’empathie et de compassion envers l’environnement naturel. Malgré l’ignorance autour de ce sujet, je pense que nous comprenons l’importance de l’équilibre et de la santé de nos écosystèmes. Je pense aussi que la plupart des sociétés humaines et des civilisations ont progressé dans une voie qui n’est pas durable, déconnectée et néfaste pour l’écosystème terrestre. Je sens qu’en tant qu’êtres humains, nous avons perdu, ou n’utilisons plus nos instincts animaux, et de ce fait vivons d’une manière non durable et incohérente. Nous avons tous un impact quotidien sur la planète; nous devons le reconnaitre et agir en conséquence. Pour être honnête je pense que nous devrions jeter un oeil sur les autres existences pour trouver l’inspiration afin de vivre mieux, car notre espèce semble être la seule qui ne parvient pas à vivre en harmonie avec le reste de la planète. C’est l’ironie de la condition humaine, être si intelligent dans tant de domaines mais vraiment idiot face à ce qui devrait être le plus fondamental, c’est-à-dire vivre en harmonie avec notre environnement. J’aime penser que nous pouvons commencer à utiliser tout ce que nous savons et avons appris afin de construire des sociétés plus respectueuses, plus équilibrées et durables, et j’aimerais en faire partie.

Quelle musique pourrait-se trouver en fond sonore de tes dessins/peintures ?
En ce moment, j’adore Moondog. Sa musique est tellement intéressante, tout comme sa vie. Je vous conseille d’aller voir !

Deux endroits pour se sentir bien ?
La mer et mon atelier.

Propos recueillis par Julie Thiébault