INTERVIEW ○ CLOÉ BOURGUIGNON

Les dessins de l’illustratrice française Cloé Bourguignon sont comme un éclat de rire entre deux amants, une complicité entre quatre amis qui boivent une bière, un pas de danse improvisé dans la nuit… Une seconde, une minute, une heure durant laquelle nous savons que nous sommes précisément là où nous devons être. Une simplicité béate et proche de l’ataraxie picturale. Si parfois le dessin expie nos pensées les plus troubles, l’oeuvre de Cloé quant à elle, est empreinte de joie et de sérénité, tel un bubble tea jasmin à siroter, un chat sur les genoux ou sur les genoux d’un renard. Dans cette vie et ville euphorique il est bon d’avoir des bancs sur lesquels s’asseoir, feuilleter des histoires et sourire.

Qui es-tu Cloé Bourguignon ?
Je suis une jeune illustratrice résidant dans un coin de verdure de la banlieue Parisienne. En ce moment je passe le plus clair de mon temps dans mon atelier qui me sert aussi occasionnellement de dortoir, et dans mon jardin avec mon joli chat.

Quatre mots pour décrire ton travail ?
Des gens, des histoires, un peu de douceur et des secrets.

Comment te sens-tu lorsque tu dessines ?
Étrangement apaisée. Que je sois triste ou au contraire heureuse, le dessin m’adoucit, canalise mes émotions. Etre seule face à une feuille blanche est à la fois excitant et effrayant. Il m’arrive parfois de me sentir happée et complètement dirigée par mes sentiments.

Quels sont tes secrets pour trouver l’inspiration ?
Je m’inspire justement des secrets des autres ! J’invente des histoires à partir d’images que j’ai vu dans la journée, de souvenirs plus anciens, de mots, de bouts de phrases attrapées à la volée. Je possède également une grande collection d’images anciennes, celles-ci sont une source inépuisable d’inspiration.

Quelles scènes prends-tu le plus plaisir à dessiner ?
Celles qui me captivent le plus sont des images de joie et de complicité entre amis ou amants. J’aime l’idée qu’un sentiment de pur bonheur et de communion entre deux personnes existe pour toujours.

Es-tu fascinée par les gens ?
Complètement ! Les transports en commun ne sont pas un calvaire pour moi car j’adore observer les autres. Contempler la vie et les gens du haut d’un perchoir est une activité dont je ne me lasse pas.

Le renard est-il le double de l’homme ?
Le renard est mon Homme idéal. Je l’invente de toute pièce, il adopte des comportements qui me plaisent, ne ressemble pas à un type d’homme ou de femme en particulier. Son physique est à la fois banal et original et le différencie de ses compères. Le renard malgré son comportement humain est un être totalement à part. Il est tout un symbole pour moi.

Il y a dans ton trait l’idée d’un instantané, d’une simplicité liée au désir de capturer l’instant. Tu es plutôt dessin en 1 minute, 1 heure ou 1 semaine ?
J’ai toujours privilégié la simplicité dans mon quotidien. Je crois que c’est un trait de caractère. Sauf exception et désir particulier, je ne passe jamais plus de 2 heures sur un dessin, car je me lasse très vite. Lorsque je dessine, c’est sous le coup d’un événement, d’une pulsion. En somme d’une émotion, et les miennes sont très changeantes. Si je ressens le besoin d’exprimer quelque chose, je tente de le retranscrire avec des traits et/où des mots, et puis je passe vite à autre chose.

Ta série Shadows évoque la présence de personnages hors champs. Est-ce pour signifier que tes dessins ne sont qu’une partie de l’histoire que tu nous racontes ?
Shadows pointe l’évidence de l’existence d’un être dans l’ombre, sans qui l’image que le spectateur observe n’existerait pas. Il s’agit ici de l’ombre du photographe ; mais on peut également y voir de manière plus générale, la personne qui influence ou qui inspire une œuvre mais qui ne sera jamais exposé de manière direct au regard du spectateur.

Tu réinterprètes des scènes de la vie parisienne, et des photos anciennes que tu trouves. Dans quelle temporalité te sens-tu ?
Dessiner d’après des photographies anciennes est pour moi un moyen de m’approprier l’image, comme si je faisais quelque part partie de ce moment que je vole à de parfaits inconnus. Comme si j’appartenais aux familles à qui j’emprunte ces photos. Je ne me suis jamais vraiment posée cette question, peut-être par fatalité, et parce que je me sens bien dans mon temps. Je pense que finalement le fait de donner une seconde vie à ces images me suffit.

Quelle musique pourrait se trouver en fond sonore de tes dessins ?
La fête noire de Flavien Berger

Deux endroits pour se sentir bien à Paris ?
Dans la chambre d’Héloïse pour lire des bandes dessinées, au Zéro Zéro pour boire du rhum gingembre.

Propos recueillis par Julie Thiébault