MOOD ○ Les choses en pâle

Une Vision de Los Angeles

Ici, je vois les choses en pâle, comme dans un film de Tim Whelan.

Certes, il y a ce halo de lumière un peu surfait à chaque fois que je lève les yeux. Il y a ce voile brumeux autour des gens que je rencontre et ce refrain dans ma tête qui me parle d’Hollywood. Le fait même d’arriver à Los Angeles revient, à peu de choses près, à caresser du bout des doigts l’impeccable chevelure de Patrick Dempsey ou de demander à Georges Clooney si, finalement, il préfèrerait pas une tasse de thé. Tout devient possible.

Pourtant, c’est autre chose qui me guette quand je me promène dans les rues de Culver City. C’est autre chose qui me ronge de l’intérieur, c’est un tiraillement qui écartèle tous mes organes, depuis le haut de mon sternum jusqu’aux bas-fonds de mon pubis. C’est un poison bienveillant qui se propage comme une odeur de sentiments, comme un fourmillement impalpable qui aurait choisi de ne pas ramper. L’excitation se répand telle une chaleur de radiateur. Je suis minuscule, je suis infime, personne ne me regarde mais je regarde tout le monde. Il n’y a pas de couleur saturée ni aucune note de hip hop en continu qui vient rythmer mes pas. Je suis surprise de ne croiser aucun personnage de comédie musicale à qui demander mon chemin. Non, ce n’est vraiment pas ce que j’imaginais. Ici, je vois les choses en pâle et c’est plutôt pas mal.

Texte et photos d’Elisa Routa