INTERVIEW ○ BRIGETTE BLOOM

Déesse de la Nature slash prêtresse de l’image; c’est ce que l’on pourrait déclarer à propos de la photographe plasticienne Brigette Bloom. Il se dégage de son travail une chaleur intense, californienne, qui semble parfois littéralement brûler la pellicule de son appareil. Ses photographies ont un goût de sel marin, et tirent leur palette chromatique de films tels que Zabriskie Point ou Lions Love (…And Lies). Évident pour celle qui, originaire du Nevada, vit désormais à Hawaï. Pourtant il n’y a dans son travail aucune nostalgie désabusée d’une décennie passée; mais si elle ne s’en inspire pas directement, elle partage avec cette époque une sensation irréelle, vaporeuse et magique, qu’elle imprime à sa propre vie. Brigette fait corps avec la vie, et du corps à corps avec la Nature, avec laquelle elle partage son existence organique.

Qui es-tu Brigette Bloom ?
Je suis quelqu’un qui aime la vie. Je ne sais jamais quoi dire quand on me demande qui je suis. Je suis simplement moi. J’aime les couleurs, l’eau et les tempêtes. Je n’apprécie pas que les gens ne partagent pas leur nourriture.

Quatre mots pour décrire ton travail ?
Naturel, mystérieux, immatériel, vivant

Plutôt improvisation ou shooting photo organisé ?
Toujours l’impulsion du moment. Je ne sais pas vraiment comment planifier une séance photo, car je me suis rendue compte qu’une fois sur place tout change. En fonction de l’énergie et des ressentis, les images se créent d’elles-même. Je parviens seulement à montrer et utiliser ce qui se présente à moi.

Quelles sont les principales étapes de ton travail ?
Mon travail repose essentiellement sur l’expérimentation. Je suis toujours en train d’essayer de nouvelles méthodes et expériences pour voir ce qui va arriver. Travailler avec pellicule, à mon avis, offre des avantages, car tu peux les manipuler de tant de façons différentes, c’est sans fin ! J’ai expérimenté de nombreuses techniques il y a quelques années dans ma chambre noire. C’est certainement ce vers quoi je vais revenir. C’est là que je me sens la plus heureuse de créer !

J’ai lu que tu trempais tes pellicules dans de l’urine. Est-ce c’est vrai ?
Oui, j’urine sur mes pellicules. Je trouve la curiosité des gens à ce propos très drôle. Le plus souvent je trempe mes pellicules dans n’importe quel liquide se trouvant aux alentours de la maison. Parfois c’est du jus de citron, du gin, du savon; et parfois de l’urine (rire).

Quel est ton endroit favoris pour réaliser une séance photo ?
N’importe où dans la nature, en particulier dans l’eau. J’adore les endroits reculés, sur lesquels tu tombes. Ce sont toujours ceux qui semblent les plus exceptionnels.

Ton travail est très proche de la nature. Aurais-tu préférée ne pas être humaine, mais être un coyote, une plante ou encore un élément naturel ?
Et bien quand j’étais enfant, la seule chose que je voulais en grandissant était d’être un chien. C’est tout. J’avais tout compris. Mais je suis restée humaine et je pense que ce n’est pas plus mal. Si je n’étais pas une personne, je voudrais être un nuage.

As-tu une anecdote drôle ou bizarre à propos de ton travail de photographe ?
Hum, j’ai l’impression que des choses bizarres m’arrivent tous les jours. Ça s’est passé il y a quelques temps. Un matin d’été je me suis réveillée avant que le soleil se lève pour prendre des photos au bord du lac. Une partie des photos était des nus et je ne pensais pas que quelqu’un puisse être ici si tôt. Mais en plein milieu d’une prise de vue, un jeune couple est arrivé droit sur moi en voiture, plein phares allumés. J’allais attraper mes vêtements, mais mon chien ne voulait pas s’enfuir avec moi. C’était un de ces moments où tu te dit « est-ce que c’est vraiment arrivé ? ». Je me persuade que c’était un rêve.

La vie est-elle aussi magique que ton travail ?
Je pense que la vie est incroyablement magique, oui.

Deux chansons qui collent à l’univers Brigette Bloom ? 
Hans Zimmer – You’re so cool
Inkuyo – Wipala

Propos recueillis par Julie Thiébault