PLUME ○ BANLIEUE RUSSE

Arcade Fire pensait que l’on n’y survivrait jamais, qu’il fallait choper les clefs de la caisse de sa mère et s’en aller. Dans la banlieue les mioches voudraient être des durs, mais il faudrait leur montrer un peu de beauté avant que les dégâts ne soient faits. Sur l’autre rive les enfants déjà las de vous attendre sont partis. Mais vous, vous êtes coincés dans votre labyrinthe urbain, où les tours n’ont pas d’issues, même de secours. Espace apocalyptique post-soviétique où l’URSS continue de hanter chaque parcelle de mur décrépis et de béton salit. Habiter en banlieue, russe ou parisienne, c’est vivre dans le doux paradoxe d’être simultanément dans le centre et la périphérie. Schizophrénie citadine d’être à la fois le noyau et le fruit.

Le téléphone rouge sonne, Moscou au bout du fil. Prenons notre RER mental et engageons nous au delà des frontières du périphérique. 

Pour fuir le quotidien souvent brutal de la banlieue russe, l’architecture offre des lignes de fuites dans ses diagonales s’élevant vers le ciel gelé. Vision fractale d’un ailleurs interdit. L’uniformité des paysages urbains nous piège dans un diaporama powerpoint qu’un malin génie aurait modifié pour que la même image revienne, sans cesse, comme une ritournelle. Architecture hypnotique, dont certains jeunes photographes russes extraient des images fortes en y braquant leur viseur. La créativité émerge de ce genre d’endroit pourtant uniforme, en rompant avec la monotonie de ce bourbier urbain. En résulte des images de zones de non-lieu, où tout semble en transit, en suspens. En choisissant de montrer l’extérieur de cette banlieue, les photographes offrent un point de vue quasi objectif d’un espace de no man’s land où l’on pourrait facilement se cacher, incognito. Un ailleurs en bas de chez soi. Ces photographies sont des images de lieux interrompus, et offrent des espaces de repos. Le parcours de l’oeil sur la photographie, permet la liberté et la paix qu’au sein de cette banlieue on ne trouve pas. C’est violent et pourtant doux. Le froid enveloppe les mouvements et semblent figer la violence du quotidien, comme si tout n’était pas tout à fait réel.

Xолодно, nous souffleraient les russes; car si les paysages de la ville semblent glacés c’est bien qu’il fait froid.

Julie Thiébault