PORTRAIT ○ Gosia Herba

Il est difficile de prendre tout le monde par la main et d’entamer une ronde matissienne.

Pourtant lorsque l’on regarde les dessins de l’illustratrice polonaise Gosia Herba, on remarque que l’oeuvre de Matisse hante celle de sa contemporaine, tant dans les visages, qui ne sont pas sans rappeler celui de la peinture La Blouse romaine, que dans le traitement des nus, fluides, tout en courbes et en ondulations.

Les trois Grâces prennent leur café au fil des pages de ses sketchbook. Des roseaux s’attardent afin de leur permettre de se cacher durant cette pause oisive et solitaire, seulement troublée par l’eau insomniaque. Certaines jouent à saute-moutons sans moutons et reposent leurs gambettes fatiguées au coin du papier, s’étendant dans les pigments que Gosia a disséminé comme on gagne au loto, c’est-à-dire par hasard. Taches primaires habillant nos statues polonaises, ou formant un cocon cosy autour de leurs courbes. Forme quasi originelle du corps, qui nous renvoie aux vénus paléolithiques où rondeur ne rime pas avec régime mais avec fertilité et abondance. Les traits de Gosia enrobent la féminité d’un trait de pinceau délicieusement régressif ou d’un délicat contour vulnérable. État primitif d’un Mowgli devenu femme, accroupi dans l’ombre de dents-de-lion le protégeant avec arrogance, si tant est qu’un végétal puisse l’être, de Shere Khan. 

Les cuisses modiglianesques campent sur leurs positions dénudées, tandis que la femme vermeil se couvre et nous regarde de ses mille yeux comme pour nous signifier, C’est bien beau de nous regarder, mais qui vous regarde, vous ?

Julie Thiébault