INTERVIEW ○ Emmanuelle Ly

Qui es-tu et d’où viens-tu ?
Je m’appelle Emmanuelle Ly. Je suis illustratrice, je vis à Lyon depuis quelques temps maintenant, mais je vais partir un peu en Asie à la rentrée. Je viens d’une petite ville à côté de Dijon, le genre de banlieue que Michel Houellebecq photographie à merveille! Mon père est cambodgien et ma mère est bourguignonne. Quand j’étais gamine je voulais devenir artiste-peintre. J’ai fait les beaux-arts et après ça, j’ai eu envie de me concentrer davantage sur l’illustration. Alors je dessine quotidiennement!

Peux-tu nous décrire ton travail / ton univers ?
Mon travail actuel est surtout figuratif. Je fais beaucoup d’illustrations en noir et blanc. J’utilise parfois de la couleur dans mes compositions, ça dépend s’il y a un brief. La plupart du temps, je crée des visuels pour des magazines indépendants. C’est passionnant l’univers DIY (do it yourself). Dès que je peux, je vais à des zine fest. Le mois dernier l’invité d’honneur de l’Elcaf était Jean Jullien. Il est tellement talentueux! Il y a la NY Art book fair en Septembre prochain organisée par Printed Matter, j’aimerais beaucoup y aller. J’adore la dynamique culturelle impulsée par la scène des arts graphiques, il y a une belle vitalité!

Dans quel but le fais-tu ?
J’ai besoin de créer, c’est ma manière d’extérioriser, de communiquer. Je dessine comme d’autres font de la musique ou cuisinent! Quand je vois le dessin d’un artiste j’ai l’impression qu’il y a une proximité immédiate qui s’établit, une sorte de lointain-tout-proche. C’est une manière de partager sa subjectivité et sa sensibilité. Et puis le dessin c’est un langage universel!

Quel est le message que tu veux transmettre ?
Je dirais que mon message est pluriel et polysémique car les choses résonnent différemment selon notre culture. On n’est pas forcément réceptif aux mêmes choses. C’est une question de point de vue. Je crois que l’expression artistique est un moyen pour rendre compte de nos expériences. Je suis assez séduite par l’idée que chacun puisse interpréter une image comme il l’entend. «C’est le regardeur qui fait l’œuvre» comme dit Marcel Duchamp.

Quel est ton rapport à ton public ?
Je suis quelqu’un d’assez solitaire, parfois réservée. C’est important de pouvoir partager mon travail avec le plus grand nombre. Montrer publiquement, c’est aussi s’exposer à la critique. J’aime bien avoir des retours immédiats! Tu sais directement si ça plaît. Rester à l’écoute c’est primordial pour garder le lien. On me dit souvent que je suis super accessible! Je prends ça pour un compliment.

Utilises-tu les réseaux sociaux ?
Oui, j’essaie d’être présente même si tous les réseaux n’ont pas la même fonction et ne se valent pas en termes d’audience. En tout cas, ça aide à avoir de la visibilité. Au début, j’étais énormément sur Tumblr, j’ai même un dessin qui a été reblogué plus de 13 k fois! Je n’y croyais pas, c’était carrément dingue! Tumblr est une chouette cour de récré, les gens postent de vraies pépites! J’ai un compte twitter mais c’est surtout pratique pour suivre l’info, faire de la vieille. J’ai quelques projets qui sont nés sur facebook, pourtant je n’ai toujours pas de fan page, il faudrait que j’en crée une, mais je ne suis pas une grande fan de ce réseau social. Et maintenant, je privilégie Instagram. Il y a une communauté de créatifs hallucinante! Et les commentaires et mp que je reçois me motivent vraiment! Le mois dernier, Rod Paradot a reposté un portait que j’avais réalisé lorsqu’on lui a remis le césar du meilleur espoir masculin, ça m’a fait super plaisir. Ah et il y a aussi un gars qui s’est fait tatouer un de mes dessins sur le bras il y a quelques jours, c’est plutôt flatteur!

Que ressens-tu en tant qu’artiste face à l’avènement d’internet ?
Il ne faut pas oublier qu’internet a été inventé par de joyeux hippies sous LSD financés par l’armée américaine! Pour moi, internet c’est l’agora moderne, c’est une synergie, un réseau de réseaux! C’est l’ère du self-media. On peut tous générer, créer et publier notre propre contenu, collaborer à des projets auxquels on n’aurait jamais pensés! C’est un terrain de jeu collectif formidable et une vitrine ouverte 24h sur 24! On est potentiellement connecté à tout le monde, on peut se balader partout! On touche du doigt le don d’ubiquité! C’est un super outils au quotidien pour découvrir de nouveaux univers! Mais c’est bien aussi de savoir débrancher, faire des pauses, prendre du recul, être off the grid quand c’est nécessaire.

Pour découvrir le travail d’Emmanuelle : emmanuellely.com

Propos recueillis par Emma Péquin