INTERVIEW ○ Salim Azzam

L’art à cinq sens

La tradition orale se pare d’une part picturale, se costume d’encre et de couleurs, se déploie avec pudeur sur le papier de l’artiste libanais Salim Azzam. Celui-ci tend l’oreille et la main aux habitants de petites communautés, notamment de son village natal Bater El Chouf. Il illustre à la manière d’un Gustave Doré les histoires et les savoir faire qui lui sont confiés, afin de leur créer une image et un visage. La calligraphie ajoute un mystère à déchiffrer pour ceux qui ne peuvent la lire, mais enrichissent ceux qui la comprennent. Les vibrations des voix des conteurs amènent le crayon à dessiner ce qu’il entend. Et quand il n’y aura plus d’oreilles pour écouter les mots et les souvenirs que l’artiste a récoltés, il y aura des yeux pour les voir. Le travail du bienveillant Salim Azzam est un art du coeur, car il s’appuie sur le partage et la transmission. Ainsi c’est avec une confiance absolue que je fais face aux courbes bienveillantes des sourcils du Liban.

Qui es-tu Salim Azzam ?
Je travaille en tant que conteur et illustrateur. Je suis passionné par les histoires; je suis de ceux qui sont heureux lorsque les gens autour de moi le sont.

Quatre mots pour décrire ton travail ?
Simple, culturel, expressif, ethnographique

Comment te sens-tu lorsque tu dessines ?
Je crée toujours pour une raison et quand le résultat est atteint je suis toujours heureux.

Quels sont tes secrets pour trouver l’inspiration ?
Rien à cacher, je dirais passer beaucoup de temps entouré de gens, à écouter leurs histoires

De quoi parle ton travail ?
Mon travail concerne l’utilisation de mes compétences en graphisme et illustration pour documenter les histoires orales traditionnelles de ceux qui m’entourent, et ainsi mettre en avant leur héritage culturel. Mon travail comprend les projets communautaires qui visent à encourager les habitants de petites communautés.

Racontes-tu des histoires au travers de tes dessins ?
C’est la raison pour laquelle je dessine.

Quel est le pouvoir de l’art et la créativité dans le monde actuel ?
Je crois que la collaboration entre les artistes et la population de différentes communautés peut être une source d’énergie positive pouvant avoir un impact évident sur la société. Mon projet a débuté en utilisant ma pratique artistique non pas dans une volonté consumériste, mais pour suivre la voie d’autres artistes souhaitant un véritable changement social. Je sais que je ne suis pas en train de changer le monde, mais je réalise quelque chose qui, même minuscule, peut être utile. Heureusement d’autres personnes feront également de petites choses et ensemble, nous pourrons contribuer à un monde meilleur.

Quelle musique pourrait-se trouver en fond sonore de tes dessins ?
Fairuz and Nasri Shamseddine

Deux endroits pour se sentir bien ?
Je me sens bien dans le village Bater El Chouf et dans la maison de mes grands-parents.

Propos recueillis par Julie Thiébault