PORTRAIT ○ Riikka Hyvönen

Roller derby kisses, de Riika Hyvönen

Lorsque le sang décide de s’épancher sous notre peau, de couler hors des sentiers battus, apparaissent sur nos cuisses ou nos avant-bras de plus ou moins larges explosions de couleurs. Feux d’artifice sur notre corps que l’artiste finlandaise Riikka Hyvönen se plait à peindre au format xxl. La beauté sans fards de ces corps marqués par leur bravoure s’expose au milieu des glitters, arcs en ciel et autres motifs à l’élégance douteuse que l’artiste utilise pour réifier ces corps féminins. Des derrières au mur embrassés par le roller derby, sport de glisse impitoyable ou des filles sur huit roues chutent, trébuchent, se déglinguent, pour être la team gagnante d’une course de vitesse et de stratégie. C’est une sous-culture incroyable qui encourage les filles à être ce qu’elles désirent. Ellen Page dans Bliss aurait pu envoyer une photo de ses hématomes à l’artiste pour immortaliser ce qu’elle a gagné en enfilant ses patins : des bleus et du respect.

La peau est une conteuse d’histoire silencieuse. Elle est une toile qu’il faut savoir écouter. Selon François Dagognet dans son ouvrage La Peau découverte, la peau théâtralise les drames sous-jacents, et traduit les secousses de ce qu’elle entoure. L’épiderme agit comme un révélateur d’émotions, de vécus, de passés et cristallise les états-d’âme. Ambivalente, la peau est en mutation perpétuelle et pourtant nous permet d’exister par rapport au monde, c’est-à-dire d’être un corps définis. Elle est la limite entre le monde extérieur et nous-même, une frontière qui doit temporiser le perpétuel conflit qui s’y joue. Quoique fragile, elle est coriace.

Selon l’artiste, ses peintures lui permettent de figer le temps qui passe, de capturer l’éphémère de ces traces laissées sur la peau. Se marquer pour exister, est le motif obsédant du roller derby, dans lequel chaque fille est fière de montrer à sa communauté ses hématomes, en allant même jusqu’à les ériger au rang de trophées douloureux sous le pinceau de Riikka Hyvönen. Ces bleus agissent comme des souvenirs, dont la peau serait la mémoire corporelle. Les souviens-toi l’été dernier de notre corps.

 Julie Thiébault